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Info-Amicale n° 10 - janvier 1996Sommaire
Souvenirs...Malgré mon âge (je suis né le 24 mai 1908), je suis toujours attiré par la moto, souvent en admiration devant la technique moderne, véritables automobiles carrossées sur deux roues mais combien plus rapides et nerveuses.Mais aussi, je garde toujours la nostalgie des motos d'antan qui, pendant plus de soixante-dix ans, m'ont donné de bons moments. Oui, je me souviens qu'un matin du mois de mai 1934, sachant par Moto-Revue que les coureurs essayeurs Naas et Bernard de la Maison Gnome & Rhône allaient entreprendre un tour de France rapide sur les modèles CV2, je me suis rendu un peu avant cinq heures du matin au bas de la côte de Mouet-Argences, à vingt kilomètres de Caen. Tout à coup, j'entends le ronflement de ces bolides déchaînés (pour l'époque : ils roulaient bien à 90 km/h). Ils ralentissent à ce moment. On se salue, puis, jusqu'à Caen, je suis derrière (à un bon 80 ou 90 km/h). J'avais alors comme monture la 500 Terrot monobloc, allumage par batterie et soupapes latérales, type RO. A l'entrée de Caen, ils s'arrêtent. On se regarde. "Vous allez à Avranches ?" "Oui" "Alors, suivez-moi !". Ils me faisaient confiance. Je file devant. Nous avons traversé Caen à cette heure matinale en beauté en 10 ou 15 minutes. A chaque changement de diction, connaissant ma ville à fond, je ralentissais, tendait le bras. Ils étaient là; j'étais heureux. A la sortie de Caen, on s'arrête. Ils remettent de l'huile en vitesse, jettent le bidon à peine vide au pied d'un arbre, me remercient chaudement et repartent rapidement après que je leur aie dit "Pour Avranches, suivez la route.". Je souffle à peine deux ou trois minutes. Le ronflement des CV2 disparaît de mes oreilles mais j'ai comme un sentiment de bonheur : j'avais fait plaisir à deux essayeurs et mécaniciens mais aussi à deux beaux hommes à la santé et à l'endurance de fer. Cette matinée est toujours restée gravée dans ma mémoire. Aussi, quand, le 2 avril dernier, à Caen, en promeneur, j'étais à l'exposition Rétromobile, j'aperçois la moto de Monsieur Vallerie, je m'exclame "Mais c'est une D4 !" Il n'en fallait pas plus pour faire connaissance. Paul Deslandes, Caen Retour au sommaire général
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